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24 février Le Pouvoir des Mots
Si les idées sont des armes dont les mots sont les balles, assurez-vous que votre chargeur ne soit jamais vide, afin que jamais, vous ne manquiez de munitions. Ayez toujours une cartouchière à l’épaule.
Bénissez chacune de vos balles, comme si c’était la dernière. Sentez votre doigt sur la détente, et sachez pourquoi vous la pressez.
Visualisez la trajectoire du projectile avant même que le coup ne parte, ainsi vous saurez où vos idées vous mènent. Ce ne sont pas les mots qui dirigent vos pensées, mais vos pensées qui ouvrent la voie aux mots.
Etudiez la balistique, connaissez vos armes les yeux fermés. Ressentez-en chaque partie, le manche, la gâchette, le chien, le barillet, la douille. Sentez la percussion, puis la balle traverser le calibre avant de fuser dans l’air. Il est important de connaître chacun des mots qui composent vos idées avant que ceux-ci ne s’échappent du canon.
Avant même d’avoir appuyé sur la gâchette, soyez sûr que votre balle a déjà atteint sa cible. Il n’est pas de mot qui touche s’il n’est pas sincère. Et si les vraies balles peuvent traverser le mur du son, nos idées doivent savoir atteindre la vitesse de la lumière.
Mais ne vous méprenez pas sur votre cible, et ne sous-estimez jamais l’efficacité de votre arme. Ne visez jamais un adversaire sans avoir précédemment compris la portée de vos actes. Ne tirez jamais trop vite. Ne tirez jamais dans le vide. Nos balles sont trop précieuses pour être perdues.
Que vos balles prennent le temps de s’affûter avant de sortir. Qu’elles fassent mouche à chaque fois. Aux armes automatiques tirant mille mots inutiles, préférez l’arme dont la balle unique sera dans le mille à coup sûr. Et rappelez-vous toujours qu’une fois la balle tirée, nul retour en arrière n’est possible.
Quand vous aurez compris cela, alors vous pourrez être fiers de voir vos enfants faire leurs premières armes.
Partez aux champs la fleur au fusil. Que vos paroles soient des tranchées pour vous protéger des persécutions. Bombardez vos ennemis d’idées nouvelles, mitraillez-les de mille questions. Touché. Que vos mots claquent dans l’air. Touché. Que jamais ne s’arrête le bruit du canon qui tonne. Touché. Que toujours vos paroles « raisonnent ».
Ne vous rendez jamais. Ne déposez jamais les armes, car vos idées sont le dernier rempart de votre esprit. Préférez mourir sur le champ de bataille. Tirez jusqu’à votre dernière cartouche, et ne retournez jamais vos armes contre vous-même.
Résistez. Sous la torture, résistez. La mâchoire brisée, résistez. Que vos yeux soient des épées qui transpercent la cuirasse de leurs esprits fermés. Face à la mort, résistez. Que votre corps se dresse face à leur peloton, et dans un dernier cri, qu’explosent vos pensées.
Alors, quand bien même nous serions tous morts, nos paroles, par leur humanité même, auront battu leurs machines de mort. 17 février À ceux qui sont partis...
Je pourrais prétendre que cette lettre se passe de commentaire, mais ce serait mentir. J'ai récemment perdu trois membres ma famille à très peu de temps d'intervalle, et la douleur morale s'en est fait ressentir. Je n'ai pas pu trouver les mots pour mon oncle ni pour mon grand-père, la détresse ayant tout emporté. Mais lorsque ma grand-mère s'en est allée à son tour, j'ai compris que je devais puiser en moi la force de lui écrire une lettre. Je n'ai pas trouvé le courage de la lire lorsque nous lui avons fait nos adieu, et peut-être est-ce pour cela que je la mets en ligne aujourd'hui. Non pas pour recevoir de la compassion, mais pour que les personnes qui liront cette lettre ne fassent pas les mêmes erreurs que j'ai pu faire. J'aurais aimé écrire quelques mots pour mon grand-père. J'aurais surtout aimé le voir plus heureux de son vivant. Cette lettre est dédiée à tous les êtres chers qui nous quittent toujours trop tôt...
"Ma tendre Mamie,
Aujourd’hui, je t’écris cette lettre, alors que je n’ai jamais pris le temps de t’en écrire une lorsque j’en avais encore l’occasion.
J’entends encore ta voix, douce, frêle et rassurante, réciter ces poèmes que tu avais écrits à l’été de ta vie. C’est maintenant que je réalise que cette voix était un cocon de tendresse qui réchauffait nos oreilles et nos cœurs. Peut-être était-ce pour cela que Sylvian et moi aimions tant t’embêter en te posant des questions saugrenues. Parce que ta voix nous réconfortait plus qu’une bonne soupe au creux de l’hiver. Nous n’étions jamais rassasiés de tes mots doux, de tes surnoms affectueux et nous ne le serons malheureusement plus.
Tes paroles n’étaient pas les seules douceurs que tu avais à nous offrir, et quand nous venions déjeuner chez vous, nous ne manquions jamais de rien. Tu disais que c’était parce que nous étions trop maigres, mais nous savons que c’était par amour que tu nous préparais toujours trois entrées, deux plats de résistance et au moins autant de desserts. Ta délicieuse tarte aux pommes me manquera aussi, car c’était et ça restera la meilleure qu’il m’ait été donné de manger.
Je me rappelle encore de ces fois où tu nous parlais de ta jeunesse. J’ai surtout retenu deux choses. La première, c’est que tu aimais le chocolat. C’est d’ailleurs une des nombreuses qualités que tu as su transmettre à tes enfants et tes petits enfants ! La seconde, c’est que tu étais jolie jeune fille - mais tu savais rester modeste quand tu nous disais cela. Je n’ai peut-être pas vu beaucoup de photos de toi étant jeune, je me rappelle juste d’une photo de toi et papy, datant sûrement de votre mariage, où vous étiez rayonnants de bonheur. Et même sans cette photo, je sais que tu as été une femme aimante et formidable, car tu as été une grand-mère aimante et formidable. Tu n’as jamais hésité à te lever en pleine nuit quand nous dormions chez vous et que je faisais un cauchemar, et à venir me rassurer pour mieux m’aider à me rendormir. Aujourd’hui, c’est mon tour d’être là pour toi. J’espère que ma présence t’aidera à partir plus paisiblement dans ton voyage vers le grand sommeil.
Une simple lettre ne suffira pas pour évoquer tous les bons souvenirs que je garderai de toi, et je ne veux pas te retenir plus longtemps. J’aurais aimé te connaître plus. J’aurais voulu passer plus de temps avec vous, avec tous ceux qui nous ont quittés aujourd’hui. Je ne t’ai peut-être pas assez dit je t’aime, mais au fond de nous-même, nous le savions sans avoir besoin de le dire.
Je ne sais pas où tu te trouves maintenant, si tu peux nous voir et nous entendre. Je suis sûr que tu vas retrouver avec bonheur ton mari et ton fils Jocelyn. Dis leur de notre part à tous que nous vous aimons.
Un jour j’espère, nous serons de nouveau réunis tous ensemble pour le plus beau des repas de famille, alors, en attendant ce jour…
… Garde nous une tarte aux pommes bien au chaud…
Tendrement.
Ton petit-fils, Jean-Laurian" |
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