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9 novembre Le clouJe suis un clou. Un clou qui dépasse de la Planche. Chaque jour je reçois des coups de marteau pour achever de m’enfoncer dans cette Planche que vous voulez si belle et si parfaite. Mais le monde n’est ni beau, ni parfait. Vous, vous êtes la main qui tient le marteau. Vous tapez, vous tapez de toutes vos forces. Mais je ne rentre pas dans votre Planche. Je ne rentrerai jamais.
J’étais un clou neuf, rutilant, brillant d’un éclat unique. Je regardais droit devant moi, je me sentais vivant. J’étais jeune et je ne voyais pas s’approcher cette ombre menaçante au dessus de ma tête. J’ai senti les doigts se serrer autour de moi, mais je n’y ai pas prêté attention. Je croyais que toujours, je resterais ce clou exceptionnel. Mais vous n’avez jamais supporté la singularité. Alors vous avez cherché le moyen de me normaliser. Alors vint le premier coup.
Le choc fut si violent qu’il ne resta plus de moi, dépassant de la Planche, pas plus que la moitié de ce que j’étais jadis. Comme un coup de massue, d’une masse, d’une matraque, ce premier heurt failli me faire disparaître définitivement. Encore étourdi par le contrecoup d’un tel déchaînement de violence, je tentai maladroitement de reprendre mes esprits, essayant de me redresser pour sortir de la Planche. Mais je me rendis bientôt compte de l’inutilité de cette tentative. Qu’importe, me dis-je. Je ferai fi de ce coup du sort, et me maintiendrai toujours hors de cette Planche dont on désire tant que j’épouse la planitude. Je gardai la tête haute.
Alors vint le deuxième coup.
S’ensuivirent des dizaines, des centaines, des milliers d’autres coups. À chaque minute, chaque heure, chaque jour, un marteau venait me rappeler ma position inadéquate. Plus vraiment en dehors, mais jamais entièrement enfoncé à l’intérieur de la Planche. Et le pire, c’est que ce n’était jamais la même main qui tenait le marteau.
J’ai ainsi supporté des milliers de coups, m’enfonçant un peu plus à chaque fois, tentant tant bien que mal de garder la tête hors de la Planche. J’ai résisté tant que j’ai pu.
J’ai subi les coups consécutifs de cent marteaux enflammés tenus par cent mains hargneuses. Parfois, j’ai du lutter contre un seul marteau, mais tenu d’une main de fer, frappant plus fort que toutes les mains que j’avais bravées jusqu’alors. J’ai défié Thor et espéré Ragnarök.
Puis j’ai reçu un coup de travers. Un de ces coups dans le dos qui vous font baisser la tête, et dont rien ne pourra jamais la faire se redresser. J’ai plié sous le poids du choc. J’ai tant plié que ma tête s’approcha dangereusement de la Planche, jusqu’à la frôler.
Et puis on m’oublia.
Le temps a fait son œuvre, je ne suis aujourd’hui plus qu’un vieux clou rouillé. Bien sûr, je reçois encore de temps en temps quelques coups de marteau, juste pour me rappeler que je ne suis pas à ma place. Et je sais que le jour viendra où vous vous rendrez compte que je n’ai jamais tenu la Planche. Je ne sers à rien, sinon à vous énerver. Vous essayerez encore mille fois de m’enfoncer pour me faire rentrer entièrement dans la Planche, et quand vous comprendrez que c’est impossible, vous lâcherez vos marteaux pour prendre des tenailles. Vous essayerez de m’arracher de votre si belle Planche. En vain. Sous l’effet de vos coups successifs, mon corps abîmé s’est couvert d’échardes, comme pour se protéger. Plus vous vous débattrez pour tenter de me retirer, plus je m’agripperai, et plus vous risquerez d’arracher avec moi une partie de votre Planche, qui n’aura dès lors plus rien de si parfait. Vous m’avez façonné tel que je suis aujourd’hui. Pour m’avoir crée, jamais vous ne pourrez vous débarrasser de moi.
Et puis, soyons honnêtes : vous avez trop besoin de moi. Vous avez tellement besoin de vous défouler sur moi pour oublier toutes vos contrariétés, que vous ne pourriez plus vous passer de moi. Je suis votre mal nécessaire.
J’espère que vous vous épuiserez à tenter de m’éliminer, que vous en serez éreintés. J’espère que vous vous couperez à mon contact. Peut-être même attraperez-vous le tétanos. Demandez-vous alors ce qu’il serait advenu si vous m’aviez laissé tranquille. Si vous n’aviez jamais voulu me formater, m’uniformiser aux autres clous si parfaits dans votre Planche si parfaite. Peut-être comprendrez-vous que si je n’avais reçu tant de coups, si même je n’avais jamais reçu un seul coup, je serai sûrement parti de moi-même. Un coup de vent m’aurait sans doute balayé, et vous ne m’auriez plus jamais revu. Mais il est trop tard maintenant. Je suis dans votre Planche, débordant en partie, et je résiste.
Je suis un clou. Un clou qui dépasse de la Planche. 17 février À ceux qui sont partis...
Je pourrais prétendre que cette lettre se passe de commentaire, mais ce serait mentir. J'ai récemment perdu trois membres ma famille à très peu de temps d'intervalle, et la douleur morale s'en est fait ressentir. Je n'ai pas pu trouver les mots pour mon oncle ni pour mon grand-père, la détresse ayant tout emporté. Mais lorsque ma grand-mère s'en est allée à son tour, j'ai compris que je devais puiser en moi la force de lui écrire une lettre. Je n'ai pas trouvé le courage de la lire lorsque nous lui avons fait nos adieu, et peut-être est-ce pour cela que je la mets en ligne aujourd'hui. Non pas pour recevoir de la compassion, mais pour que les personnes qui liront cette lettre ne fassent pas les mêmes erreurs que j'ai pu faire. J'aurais aimé écrire quelques mots pour mon grand-père. J'aurais surtout aimé le voir plus heureux de son vivant. Cette lettre est dédiée à tous les êtres chers qui nous quittent toujours trop tôt...
"Ma tendre Mamie,
Aujourd’hui, je t’écris cette lettre, alors que je n’ai jamais pris le temps de t’en écrire une lorsque j’en avais encore l’occasion.
J’entends encore ta voix, douce, frêle et rassurante, réciter ces poèmes que tu avais écrits à l’été de ta vie. C’est maintenant que je réalise que cette voix était un cocon de tendresse qui réchauffait nos oreilles et nos cœurs. Peut-être était-ce pour cela que Sylvian et moi aimions tant t’embêter en te posant des questions saugrenues. Parce que ta voix nous réconfortait plus qu’une bonne soupe au creux de l’hiver. Nous n’étions jamais rassasiés de tes mots doux, de tes surnoms affectueux et nous ne le serons malheureusement plus.
Tes paroles n’étaient pas les seules douceurs que tu avais à nous offrir, et quand nous venions déjeuner chez vous, nous ne manquions jamais de rien. Tu disais que c’était parce que nous étions trop maigres, mais nous savons que c’était par amour que tu nous préparais toujours trois entrées, deux plats de résistance et au moins autant de desserts. Ta délicieuse tarte aux pommes me manquera aussi, car c’était et ça restera la meilleure qu’il m’ait été donné de manger.
Je me rappelle encore de ces fois où tu nous parlais de ta jeunesse. J’ai surtout retenu deux choses. La première, c’est que tu aimais le chocolat. C’est d’ailleurs une des nombreuses qualités que tu as su transmettre à tes enfants et tes petits enfants ! La seconde, c’est que tu étais jolie jeune fille - mais tu savais rester modeste quand tu nous disais cela. Je n’ai peut-être pas vu beaucoup de photos de toi étant jeune, je me rappelle juste d’une photo de toi et papy, datant sûrement de votre mariage, où vous étiez rayonnants de bonheur. Et même sans cette photo, je sais que tu as été une femme aimante et formidable, car tu as été une grand-mère aimante et formidable. Tu n’as jamais hésité à te lever en pleine nuit quand nous dormions chez vous et que je faisais un cauchemar, et à venir me rassurer pour mieux m’aider à me rendormir. Aujourd’hui, c’est mon tour d’être là pour toi. J’espère que ma présence t’aidera à partir plus paisiblement dans ton voyage vers le grand sommeil.
Une simple lettre ne suffira pas pour évoquer tous les bons souvenirs que je garderai de toi, et je ne veux pas te retenir plus longtemps. J’aurais aimé te connaître plus. J’aurais voulu passer plus de temps avec vous, avec tous ceux qui nous ont quittés aujourd’hui. Je ne t’ai peut-être pas assez dit je t’aime, mais au fond de nous-même, nous le savions sans avoir besoin de le dire.
Je ne sais pas où tu te trouves maintenant, si tu peux nous voir et nous entendre. Je suis sûr que tu vas retrouver avec bonheur ton mari et ton fils Jocelyn. Dis leur de notre part à tous que nous vous aimons.
Un jour j’espère, nous serons de nouveau réunis tous ensemble pour le plus beau des repas de famille, alors, en attendant ce jour…
… Garde nous une tarte aux pommes bien au chaud…
Tendrement.
Ton petit-fils, Jean-Laurian" 2 avril Tu ne m'as pas laissé le temps...Le 4 avril prochain, cela fera un an que mon grand-père nous a quitté. Plutôt que d'essayer de trouver de nouveaux mots pour lui dire qu'il nous manque, voici un poème écrit à l'heure de son départ. Pour qu'il sache que nous penserons toujours à lui, que nous l'aimerons toujours... Notre Grand-Père
Notre Grand-Père Avait les yeux de la Terre Un peu bleu et un peu vers Le sourire de notre Grand-Mère…
Notre Grand-Père N’avait pas la peau claire Et nous on en était fier Du teint mat de notre Grand-Père…
Notre Grand-Père Avait un rire doux et sincère Il n’était jamais en colère Mais courageux et volontaire…
Notre Grand-Père Aimait cultiver sa terre Il n’y avait jamais d’hiver Entre les mains de notre Grand-Père…
Notre Grand-Père N’avait pas voulu de la guerre Il ne voyait pas de frontières Il aimait la vie entière…
Notre Grand-Père A tant aimé notre Grand-Mère Emue, la nuit les laissa faire Pour que naissent nos Pères, nos Mères…
Notre Grand-Père Etait un peu comme un frère Quand nous jouions là-bas derrière, Dans le jardin de notre Grand-Père…
Quand notre Grand-Père Nous montrait l’astre lunaire Nous regardions notre Grand-Père Tant nous éclairait sa lumière…
Notre Grand-Père Nous a quitté la nuit dernière Et nous n’avons rien su faire D’autre que d’aimer notre Grand-Père…
13 février Petit Délire avec Yann sur les Ours à LunettesChopé chur le blog de Michterbook (http://spaces.msn.com/misterbook/) :
Chapitre 101 : ch'est quoi le mot de pache ? comment çha se met le titre ichi ?
22 novembre Insomnies 2 (Attention, ce billet ne contient aucun spoiler sur la mort !)Cela fait plusieurs nuits moi aussi que je n'arrive pas à trouver le sommeil. À croire qu'il n'est jamais là quand on le cherche...
Je me pose des questions. Sur la mort. J'avais lu, je ne sais plus où, que la mort, c'était un peu comme fermer les yeux, se boucher les oreilles, arrêter de respirer... Un peu comme ces trois singes ridicules qu'on voit dans toutes les boutiques pour être à la mode. Oui, les mêmes qu'on retrouve dans toutes les boutiques pour être kitch à souhait... Sauf que dans la mort, il y aurait un quatrième chimpanzé, qui cacherait son cerveau entre ses mains. Ne plus penser. Ne plus exister. Ne plus être. Plus rien.
Merde...
Alors à quoi ça rime tout ça ? Ce simulacre de liberté ? La vie ? Certains pensent que la vie est une sorte de grandes vacances. Au point où j'en suis, j'ai l'impression d'être au milieu de ces grandes vacances, vous savez, le moment où on s'ennuie, où on ne sait plus quoi faire. Mais en même temps, j'ai peur. Peur que ces vacances se finissent un jour.
Et je me pose des questions. À quoi sert la vie ? Devons-nous vraiment travailler pendant ces vacances ? Quel sera le programme de la rentrée, quand les vacances seront finies ? Quelle est la destinée des hommes ? Si nous ne pouvons vivre éternellement, quelle est la raison de notre passage ici-bas ? Devons-nous laisser notre emprunte sur Terre, pour les générations, et surtout les espèces à venir ? Aurons nous seulement une chance de leur laisser un autre héritage que celui de l'Apocalypse ? Peut-être notre venue au monde est elle simplement l'occasion de trouver un sens à notre destinée…
Tous les soirs, après de longues heures de méditation, je finis par m'endormir. Désolé, Jude, je préfère ne pas prendre de ces pilules qu'ils essayent de nous faire avaler. Je sais qu'elles m'aideront à trouver le sommeil, mais pas les réponses à mes questions…
Je veux juste des réponses… |
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